J’ai toujours peur de la précarité…

Depuis toute petite, c’est une peur qui ne m’a jamais quitté, depuis que j’ai compris que la nourriture, les vêtements, le toit sur notre tête, le chauffage et l’eau s’échangeaient seulement contre de l’argent qu’il fallait acquérir contre du temps, du temps qui d’ailleurs n’a pas la même valeur marchande suivant le métier, le sexe, et le pays de celui qui l’exerce…

Pour mon plus grand bonheur et malheur (car je n’ai toujours pas dépassé cette peur…), j’avais la chance de percevoir qu’un heureux hasard m’avait fait naître dans une famille « nucléaire » avec 2 parents qui travaillaient et qui me désiraient. Je n’oublierai jamais ma confrontation avec la pauvreté, les gens qui vendent des journaux aux coins des feux pour s’en sortir, qui demandent des pièces, assis par terre dans des vêtements sales, dans l’indifférence la plus totale!!!! Comme si c’était normal, une peine à purger acceptée par la société! Non seulement cette situation est difficile pour celui qui la vit mais parfois il y avait double peine car ils se faisaient insulter par des gens exaspérés qui eux vivaient dans le confort et sans peur du lendemain! Ce n’était et n’est pas juste! Je n’arrivais et n’arrive toujours pas à les ignorer, et je me demande toujours qu’est-ce qui fait qu’on en arrive un jour là… Plus de famille? Une enfance malheureuse? Une maman qui ne nous voulait pas et qu’on a fait également sombrer dans la précarité? Personne a qui demander de l’aide? La solitude, pas de conseils? pas de main tendue pour s’en sortir? personne qui ne nous remarque alors qu’on fait partie de l’humanité? qu’on n’a jamais voulu en arriver là mais qu’il faut pourtant bien lutter chaque jour contre la faim, la soif, la crasse, les maladies, comment se soigner? Est-ce que quelqu’un nous aime et donner de l’intérêt à cet instinct de survie? Qu’est ce qui fait qu’on devient invisible dans le meilleur des cas et gênant, voire nuisible dans le pire? Je sais que la frontière est mince, je le sens chaque jour, c’est ma pire crainte car je suis consciente que personne ne le mérite, et qu’il est très facile de se retrouver dans cette situation si on ne fait pas attention. On ne choisit pas son milieu, ses chances d’y arriver à l’école, la même qui te fait sentir normale ou inférieure alors qu’elle ne peut pas évaluer toutes les capacités d’un individus! Je pense même qu’elle est un vecteurs de précarité car c’est elle qui dispense la confiance dont on a tant besoin pour tracer sa route! Et elle ne fait que souligner au marqueur rouge tes faiblesses, en se gardant  bien de te montrer tes forces…et quand je pense que je croyais qu’avoir fait des études était une chance supplémentaire pour construire une barrière contre cette situation inquiétante où je me demandais déjà, comment rester propre (j’avais appris que les mairies peuvent indiquer des endroits pour se nettoyer), comment trouver de la nourriture (mendier? échanger quelques connaissances ou services contre de la nourriture?), comment avoir chaud si on n’a pas assez d’habits (mettre du papier journal sous ses vêtements et du carton dans ses chaussures isole du froid) et comment avoir des amis? comment faire sourire quelqu’un? Comment se faire remarquer et montrer à tous qu’on existe?!!! Comment faire pour avoir un « bonjour »? Pourquoi les gens détournent la tête? Comment peut-on aider et obtenir de l’aide pour changer son étoile?

Bref, je sais que « que faire partie de la classe moyenne » est une chance qu’on tire dès la naissance: que nos parents ne connaissent pas le chômage et qu’ils soient un tant soit peu impliqués dans notre éducation sont aussi des chances qui s’ajoutent à celles du début. Jusque là j’avais l’édifice parfait jusqu’à ma confrontation avec le chômage, malgré le rempart que je pensais avoir construit avec mes études. Depuis, les CDD se sont succédés et avec eux cette éternelle peur du lendemain car on n’a pas cette sécurité de toucher une somme d’argent tous les mois jusqu’à ce qu’on se soit lassé du job pour en prendre un autre. Il faut toujours économiser pour garder un maximum de sous jusqu’à retrouver un autre job où il faudra faire de même car on ne sait pas quand on retrouvera un autre emploi si on en retrouve un… En fait on apprend une discipline de vie, on devient minimaliste. Je faisais déjà peu les boutiques, les foires à tout sont une aubaine pour trouver de quoi se vêtir tout en épargnant un maximum pour la nourriture. On trouve des trésors, y compris pour créer, s’équiper. le marché de l’occasion est le meilleur au monde! C’est une boutique « kinder surprise » à ciel ouvert, on ne sait pas ce qu’on va trouver! On découvre même des objets dont l’utilisation nous échappe et on peut discuter avec les exposants. Ces objets ont une histoire et tissent des liens sociaux.

On apprend aussi à se départir soi-même de ce qu’on n’utilise pas, on devient raisonnable mais ce n’est pas douloureux. Je n’ai jamais souffert de ne pas consommer neuf, et je ne comprends pas la répulsion qu’on peut avoir envers l’occasion. On vit sur une « terre d’occasion » avec des ressources qui ont des millions d’années, le pétrole utilisé pour créer des choses neuves à déjà des milliards d’années derrière lui, on l’appelle même « énergie fossile ». La laine du mouton utilisé pour un pull a vécu une saison sur le dos d’un mouton, la terre dont on extrait les légumes à déjà donné naissance à tellement de plantes, l’eau que nous buvons est déjà passées des dizaines de fois dans des stations d’épuration!

Bref, le neuf n’est qu’une idée. Et petite question, combien de temps dure l’idée de « neuf » quand on déballe un objet? Il ne l’est plus dès les premières secondes où j’ouvre le blister, n’est ce pas? Et je devrais acheter 4 fois plus chère quelques secondes de « je suis la première à le toucher »? Mais ça ne les vaut pas! Et en plus je vais encombrer une poubelle que je devrais sortir pour que la société paye ensuite pour recycler « ce privilège ». Non, j’ai une conscience citoyenne, réduisons nos impôts, réduisons notre besoin d’argent pour travailler moins et vivre mieux! De plus, on ne peut pas tout recycler… Il n’y a vraiment qu’avec la technologie qu’on ne peut pas vraiment lutter et qu’on peut avoir de mauvaises surprises avec l’obsolescence programmée, on ne connait pas la durée de vie restante de ce qu’on achète, donc le gros du budget va dedans, je le concède…Je ne sais pas réparer ce type d’objets et je n’ai pas connaissance d’un « repair coffee » près de chez nous…

J’ai aussi la sensation que certaines personnes pensent que si j’achète également de l’occasion à mes enfants, c’est que je ne les aime pas assez pour leur acheter du neuf, que l’amour que je leur porte se mesure à l’argent que je dépense pour eux. Il n’en est rien! On ne peut plus faire ça, au risque de leur laisser une « planète hurlante » aux ressources insuffisantes, de plus je leur apprends à être heureux de ce qu’ils ont en ne nourrissant pas une passion pour les possessions mais en leur montrant ce qu’on peut faire avec « des ordures » (bâtonnets de glace, capsules de café Nespresso, prospectus, pots de yaourts), ou ce qu’on a déjà. Se séparer de ce dont on ne se sert plus, le vendre ou le donner, mais éviter de jeter, ne pas casser pour éviter de créer des ordures ou alors se servir de choses cassées pour créer autre chose. Faire fonctionner leurs petites têtes et s’émerveiller de ce qu’ils en font. On peut aussi acheter plus de jouets avec une plus petite somme d’argent, mais chuuut! Ils le savent déjà 😉

Mes créations découlent de cette peur, peur de ne plus pouvoir créer si j’utilise des matières qui coûtent chères, et peur de la place que prendraient toutes ces créations si on n’a pas la place de les stocker! d’où les miniatures, non, en fait, j’ai toujours aimé les toutes petites choses qu’on peut garder au fond de sa main ou tenir dans sa poche, c’est rassurant de pouvoir l’emporter partout avec soi. Je hais les ordures, c’est pourquoi pendant longtemps je me demandais quoi faire avec tous ces journaux dont on inonde nos boites aux lettres, cela pouvait rapidement se transformer en matériaux gratuits, découpés en bandelettes et roulés serrés. Les gens font bien des meubles avec du carton, on peut même s’y former ici !

Tous les dérivés du bois sont intéressants, y compris les coquilles de noix qui font de charmants contenants pour dioramas, ou encore pour bercer des fées, car je suis sûre que les fées sont paresseuses donc intelligentes: elles savent utiliser ce que la nature à déjà formée pour les détourner en objet du quotidien, la preuve!

La main de ma fille dans la mienne pour soutenir les fées et leur esprit pratique!

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