Avant j’avais honte de dire avec quoi je créais mes figurines

Hé oui, j’ai toujours eu peur de la précarité. Depuis l’âge où j’ai su modeler des miniatures, je me suis toujours astreinte à créer des des choses avec des matières premières faciles à trouver, voire gratuite, ! Bref, la peur de ne plus pouvoir créer par manque de ressources à toujours été un stress que j’ai appris à combler en regardant autour de moi tout ce qui pouvait faire office de tête et des corps. Les perles en bois brut se trouvent à peu près n’importe où et même si j’ai l’impression que ça doit être compliqué d’obtenir une forme bien sphérique, et bien heureusement que le commerce lui n’inclut pas cette difficulté dans ses prix! Il faut quêter ce qui n’est pas en rupture de stock et se trouve facilement, bref, ne jamais relâcher son attention avant d’avoir trouvé le Graal, et je l’ai trouvé par la suite: les prospectus!

Ce papier que les entreprises sèment dans nos boites aux lettres avec l’espoir de contaminer nos cerveaux avec des envies. Ce papier mal aimé car il n’a aucune valeur pour nous alors que si on retourne à son point de départ, c’était un arbre! Mais bon, pas aussi rare et brillant que l’or, l’argent ou les diamants… Si vous prenez le temps d’y réfléchir, qu’est ce qui fixe la valeur des choses? Ça ne se mange pas l’or ou les diamants, alors qu’un arbre, c’est le poumon de la planète! Il nous donne de l’oxygène, nous chauffe en hiver, nous nourris suivant les saisons, il forme la base de nos abris, il est à la base de nos divertissements (livres, pages de dessins, scrapbooking, emballages, cahiers, mot fléchés, quilles, jeux de constructions, jouets de qualité et safe pour les enfants, crayons, etc.).

Dans mon échelle de valeur, la bois et tous ses dérivés valent donc bien plus et j’ai de la chance, que ce ne soit pas le cas pour les financiers, sinon je n’aurais pas pu en être là où je suis aujourd’hui, car oui, grâce au fait qu’il est abordable, et pour le moment, facile à trouver, je peux m’exercer, le travailler dans les découpes, faire des collages et progresser plus vite.

A force d’essayer, j’ai affiné mes techniques, au début mes poupées se composaient de 2 billes de bois, mais la possibilité de créer des corps différents (taille, largeur, forme) était donc très réduite…D’ailleurs la plupart des créateurs de pegdolls rencontrent cette barrière et ne peuvent proposer que des tailles standards.

Le « faire soi-même » permet également d’économiser de la matière en la créant soi-même comme la porcelaine froide qui a l’avantage d’être peu onéreuse dans ses ingrédients (colle blanche, fécule de mais, huile, vinaigre, crème pour les mains) et ne nécessite aucune énergie pour durcir car elle sèche à l’air libre!

Avec les prospectus, on peut superposer les feuilles suivant la largeur qu’on souhaite obtenir, un peu de colle et de peinture et le tour est joué. Mais bon, ce n’est pas une matière noble et autant on annonce tout de suite le nombre de carat d’un solitaire, autant moi j’étais encore mal à l’aise quant à annoncer avec quoi je créais mes poupées car j’avais peur de devoir baisser leur valeur alors que j’avais tout de même travaillé dessus pendant de longues heures. C’est alors que pour cesser d’en avoir honte, j’inversais ma façon de le percevoir en « donnant de la valeur » par le travail accompli sur un matériau auquel la société n’accorde aucune valeur et qui finit la plupart du temps dans la poubelle…

Bon, vu la taille de mes personnages, je ne sauve pas tant de prospectus que ça de la recyclerie, financée par nos impôts communs, donc les entreprises payent 2 fois leurs tentatives d’influence: la papier, l’impression des catalogues, et leur recyclage pour finalement ne nous informer de leurs produits que si nous ne les jetons pas tout de suite… C’est presque ubuesque et ça représente un tel gâchis, quand on sait la richesse d’utilisation d’un arbre, et que nous les éradiquons la plupart du temps pour des bêtises.

Le pire c’est quand on déforeste pour planter des hectares de céréales pour nourrir quelques animaux qui ensuite finiront dans nos assiettes…Je me demande comment on en est arrivé là, sachant qu’on pourrait nourrir tellement plus de monde en supprimant le dernier maillon! Nan, le pire c’est d’utiliser toute cette nourriture pour la transformer en emballage biodégradable ou en carburant, là, on touche vraiment le fond…

Toutes ces idées ne sont pas nouvelles et la plupart d’entre vous les connaissent, mais voila, elles font partie de mes créations aussi, mes valeurs me poussent à utiliser « les détritus » pour en faire des jolies choses (pour certains, le beau restant subjectif, j’en suis consciente). Pendant un moment je passais même les pots de yaourts au four quelques secondes pour les transformer en carré de plastiques qui pourraient servir de socle, mais le projet est en stand by.

Maintenant, j’éprouve finalement une sorte de fierté à donner une autre fonction, si possible esthétique à ces fameux prospectus, qui sont méconnaissables avec une couche de peinture et quelques travaux au stylo et feutres. On peut modeler le papier de multiples façon, on peut même le filer avec une quenouille! J’ai vu ça sur Youtube il y a peu de temps. Donc si on enlève la valeur théorique des choses et qu’on ne se concentre que sur la forme que nous voyons, beaucoup de possibilités s’offrent à nous. Enlever l’information et ne plus se laisser guider que par ses sens, voila un bon exercice qui peut vous détendre et vous faire plaisir, on parle bien de plus en plus d’art thérapie, et celle-ci peut s’exercer avec n’importe quoi.

Donc voici quelques « fleurs de poubelle » du jour: un portrait de famille avec quelques photos en cours et du projet fini.

 

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